Voici quelques extraits du chapitre consacrée à Ségolène Royal dans la nouvelle édition du livre d'Alain Duhamel :  "les prétendants".

…] Pour dire les choses comme elles sont, rien dans l’itinéraire de Ségolène Royal au PS ne lui valait un statut de présidentiable et rien dans les fonctions officielles de second rang qu’elle avait occupées au gouvernement ne la prédestinait ni même ne la préparait à une candidature, en tout cas pas le bilan qu’elle y avait laissé. […]

Malheureusement, ce faisant, en jouant à fond des ressorts de la démocratie d’opinion, elle a aussi pris le risque de dénaturer et même de dégrader la campagne présidentielle. Elle a libéré des tentations redoutables, elle a légitimé des principes contestables, elle a entrouvert la porte à une sorte de populisme léger. […]

Elle ne cherche jamais à éclairer, à précéder, à entraîner mais au contraire à refléter, à exprimer, à réfléchir, à amplifier : elle est en cela la candidate au miroir, celle qui formule tout haut ce que disent tout bas les Français. […]

Par-dessus le marché, Ségolène Royal sait manœuvrer. […] Règle de base de la démocratie d’opinion : elle se veut si près du peuple et de ses vraies difficultés qu’elle laisse aux autres la tâche ingrate de trouver les réponses. […]

Elle veut être à tout prix au centre des projecteurs, sous la lumière nationale, seule devant les autres, Présidente. S’il faut pour cela en passer par la démocratie d’opinion, va pour la démocratie d’opinion. […]

Elle qui a fait ses armes sous le double parrainage de François Mitterrand et de Jacques Delors, deux européens historiques, a repris sans honte en 2006 les arguments des partisans du NON au référendum sur les institutions européens, alors même qu’en 2005 elle militait pour le OUI. Puisqu’elle veut être le chef des Français, il faut donc qu’elle les suive. Elle a préconisé des jurys de citoyens pour surveiller les élus, vieille revendication typiquement populiste qui creuse la défiance entre électeurs et élus, et entrave la démocratie représentative au bénéfice de la démocratie d’opinion, comme si les Français étaient privés du droit de vote et manquaient d’occasion d’exprimer leurs sentiments par le suffrage universel. […]

Ségolène Royal a choisi librement d’aborder la conquête du pouvoir par la pente la plus démagogique possible pour une candidate responsable. Elle a utilisé toutes les ressources de la starisation, de la « peopolisation ». […] Elle a préféré le médiatique au politique, le marketing au programme, la facilité à l’exigence, la séduction à la pédagogie.